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Du Fugu au Kuba : quand le textile devient puissance culturelle en Afrique

Ces derniers jours, un débat inattendu a émergé au Ghana.

Le président est apparu en public vêtu d’un Fugu, cette blouse traditionnelle du nord du pays, également appelée Batakari.

Ce choix vestimentaire a suscité des discussions. Était-ce un simple geste symbolique ? Une affirmation identitaire ? Une stratégie politique ?

La réponse est venue rapidement.
Le ministre ghanéen du Tourisme a annoncé l’instauration d’une journée nationale invitant les citoyens à arborer fièrement le Fugu.

Un vêtement est devenu politique.
Un textile est devenu stratégie.

Le textile comme outil de soft power

Le Ghana n’innove pas par hasard.

Depuis plusieurs années, le pays valorise activement ses symboles culturels dans sa diplomatie et sa communication internationale. Le textile traditionnel, qu’il s’agisse du Fugu ou du kente, n’est pas seulement patrimonial.

Il est narratif.
Il est économique.
Il est stratégique.

Un vêtement porté par un chef d’État envoie un message.
Il affirme une identité.
Il raconte une histoire nationale.

Et dans un monde où l’image pays compte, cela devient un levier de puissance douce, ou soft power.

Pendant ce temps, en République démocratique du Congo

Le 30 janvier 2026, les motifs et tissus Kuba ont été officiellement reconnus comme patrimoine culturel national de la RDC, à travers un arrêté ministériel présenté en Conseil des ministres par la ministre de la Culture, des Arts et du Patrimoine, Yolande Elebe.

Selon Radio Okapi, cette reconnaissance ouvre la voie à une possible inscription au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Cette décision dépasse le cadre symbolique.

Les tissus Kuba, issus du Kasaï, constituent un langage visuel structuré, transmis de génération en génération. Tissés en raphia et brodés à la main, leurs motifs traduisent un système social, un ordre esthétique et une mémoire royale.

La reconnaissance nationale marque une première étape :
• Protection juridique
• Valorisation des artisans
• Structuration d’un patrimoine culturel stratégique

Une question de vision

La question n’est pas seulement culturelle.

Elle est stratégique.

La RDC peut-elle faire des motifs Kuba ce que le Ghana fait avec le Fugu ?

Peut-elle transformer un patrimoine textile en :
• outil de diplomatie culturelle
• moteur pour les industries créatives
• levier touristique
• marqueur d’identité internationale

Le textile africain a longtemps été perçu comme folklorique.

Il est temps de le repositionner comme actif stratégique.

Le patrimoine comme actif

Un patrimoine reconnu ne vaut pas seulement pour sa mémoire.
Il vaut pour ce qu’un pays décide d’en faire.

Le Ghana a choisi d’assumer son textile comme symbole national visible.
La RDC vient d’en poser les bases juridiques avec les motifs Kuba.

La prochaine étape sera celle de la structuration, de la narration et de la projection internationale.

Parce que dans un monde globalisé, le textile peut être bien plus qu’un vêtement.

Il peut être une stratégie.